Dimanche 26 juin 2005 7 26 /06 /Juin /2005 00:00

A lire ,  pour introduire aux  textes de Pierre Levy sur la cyberculture :

ESSAI SUR LA CYBERCULTURE : L'UNIVERSEL SANS TOTALITÉ

RAPPORT AU CONSEIL DE L'EUROPE, VERSION PROVISOIRE

Par Pierre Lévy   Professeur à l'Université Paris-8 St Denis

Extrait :

"Modernité, post modernité, cyberculture

Pourquoi inventer un " universel sans totalité " quand nous disposons déjà du riche concept de post-modernité? C'est qu'il ne s'agit justement pas de la même chose. La philosophie post-moderne a bien décrit l'éclatement de la totalisation. En trois mots, et pour reprendre l'expression bien venue de Lyotard : la fin des grands récits. La multiplicité et l'enchevêtrement radical des époques, des points de vue et des légitimités, trait distinctif du post-moderne, est d'ailleurs nettement accentuée et encouragée dans le cyberespace. Mais la philosophie post-moderne a confondu l'universel et la totalisation. Son erreur fut de jeter le bébé de l'universel avec l'eau sale de la totalité.

Qu'est-ce que l'universel ? C'est la présence (virtuelle) à soi-même de l'humanité. Quant à la totalité, on peut la définir comme le rassemblement stabilisé du sens d'une pluralité (discours, situation, ensemble d'événements, système, etc.). Cette identité globale peut se boucler à l'horizon d'un processus complexe, résulter du déséquilibre dynamique de la vie, émerger des oscillations et contradictions de la pensée. Mais quelle que soit la complexité de ses modalités, la totalité reste encore sous l'horizon du même.

Or la cyberculture montre précisément qu'il existe une autre manière d'instaurer une présence virtuelle à soi de l'humanité (l'universel) que par une identité du sens (la totalité)."

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Clin d'oeil à l' Univers CEL :
La question de la "maîtresse-totalité" et de la "totalité-maîtresse" à poser sans doute en relation avec ce que dit Pierre Lévy de l' Universel non "totalisable"

"Penser les critères du dehors"

 


 

Par Arachne - Publié dans : Arachne fils
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Commentaires

eh bien sans avoir lu pierre levy, me bornant à la lecture de cet extrait, me vient à l'esprit que c’est encore la totalité qui est visée dans ce qui se trouve désigné ici sous le terme de "cyberculture". c’est elle, à l’horizon. une totalité que l'on cherche à atteindre à force de glissements métonymiques, de glissements de sens. on veut croire qu’à force de sommer les parties, on atteindra à l’un.

l’identité ne s’atteignant plus dans la métaphore (elle qui cependant permet de sortir d'un sens donné et de créer, de mettre au monde un sens nouveau, fût-ce pour un temps donné), on se trouve contraint de tourner éternellement dans un même cercle, duquel on n'arrive pas à sortir.

ce cercle duquel on ne sort pas, c’est celui du symptôme. aussi propre à l’individu que peut l’être son nom. là, se situe de chaque individu la particularité qu’il ne veut pas entendre. le symptôme c’est l’arrangement que chacun trouve pour supporter le réel, arrangement, invention, qui ne se supporte d’aucun universel.

la « cyberculture » fonctionne sur un mode pulsionnel, où « ça ne cesse pas de s’écrire », à l’instar de l’inconscient qui ne calcule ni ne juge et qui ignore le temps. « ça jouit et ça sait rien », cette démultiplication de sens perdus, qui vont à la dérive, ne saurait recouvrir l’absence de sens du sens.

ce qui se trouve nié, dans cette éternisation, c’est le réel. la prolifération des écrits sur internet, témoigne de cette volonté de croire que le symbolique recouvrira, à force d’approximations, totalement le réel. alors que de celui du corps, de la mort et du sexe, elle ne veut rien savoir. ce réel-là exige le passage à la limite, exige qu’un saut par-dessus le vide soit fait. le symptôme ne cesse de refaire ce saut. et s’il ne cesse, de parler à l’encan, c’est qu’il lui faudrait, pour cesser, que sa cause soit entendue. que vienne à se savoir sa cause, sa raison d’être. ce à quoi il a affaire. il lui faudrait la présence de l’autre (« ce mystère de la présence »). il lui faut la rencontre.

or, si la « cyberculture » croit au copier-coller, à la répétition du même, à l’interprétation, elle ne veut pas de la coupure, de l’arrêt. il faut que ça soit fluide, que les connexions soient permanentes. l’amour pourtant, celui qu’il faut pour que « la jouissance condescende au désir », exige le nom, et même le nom propre. enfin, c’est ce qu’il me semble et ce qui s’entend dans les écrits de duras par exemple. le nom, la folie du nom dit, est au plus proche, dans l’étrangeté, de celle de symptôme.
Commentaire n°1 posté par veronique m. le 01/07/2005 à 13h41
Merci pour votre commentaire qui permet de relancer la question ouverte de la "cyberculture" et de la façon dont "elle" peut être interrogée , dans sa fonction psychologique et symbolique par un regard éclairé par la psychanalyse. Mais je ne suis pas sûr d'interpréter les concepts analytiques que vous employez de façon suffisamment pertinente pour savoir en quoi mes propres opinions et les votres pourraient converger ou diverger.
( remarque : vous pouvez aussi "entendre" dans l'emploi que je fais de "converger" et de "diverger" les éléments symptomatiques qu'il vous plaira ou non d'y relever ;)) .
Je vais donc prendre le temps de la reflexion nécessaire à une reformulation ,pour moi-même, des remarques que vous faites, de façon à mieux pouvoir, de mon côté , préciser où se situeraient nos acords ou nos désaccords par rapport aux enjeux psychologiques de la "cyberculture" .
Mais pourquoi serions nous sûrs que le mot "cyberculture" , qui est certes UN mot ( même s'il est composé ), "recouvre" une seule signification possible ? La multiplicités des interprétations possibles de cette expression peut aussi nous inciter à la prudence : il n'est pas certain qu'elles soient suffisamment cohérentes entre elles pour qu'on puisse facilement dire que "la" cyberculture fonctionne de telle ou telle façon , ou "croit" ou "veut" ceci ou cela . Cette métaphore qui "personnalise" "la" cyberculture , en lui prêtant des pensées , des croyances , est sans doute aussi à interroger .
Pour moi, ce sont des sujets humains individuels , comme vous et moi , qui "veulent" ou "croient" ou "pensent" , même si on peut ensuite, par métaphore , dire d'un inconscient non personnel, ou d'une communauté , ou d'une civilisation , ou d'un "document" ou d'une oeuvre d'art , etc. qu'ils "pensent" , qu'ils "veulent" , comme s'ils étaient des "sujets" comme vous et moi.
"Vous", en posant un certain commentaire dans ce blog, et "moi" en commençant à y répondre , nous "sommes" certes des "dispositifs" parlants, des "inconscients" qui suivent les chaînes de leurs symptomes respectifs , mais nous sommes aussi, vous et moi, capables de nous reconnaître mutuellement comme "sujets" parlants : Ici je vous réponds à vous , "Véronique m" ou à d'autres sujets humains lecteurs de commentaire, je ne réponds pas à "la cyberculture" , ni à telle ou tel aspect de l'inconscient collectif, ni à un robot moteur de recherche qui va éplucher et analyser les mots employés dans ce blog, etc.

Que la séquence des lettres ainsi tracées ( ou des "bits" qui y correspondent ) ait d'autres effets (sur notre inconscient ou celui des autres ou sur la dynamique globale du réseau des blogs, etc. ) que nous ne "maîrisons" pas et dont nous n'avons aucune conscience , sans doute.

Mais pourquoi , cette interaction ici entamée , sous prétexte qu'elle se situe sur la Toile , dans un univers de blogs interconnectés , que je ne vous vois pas en "face" à "face" corporel immédiat , serait-il nécessairement moins une "rencontre" que si je passais à côté de vous "physiquement" , dans un hall de gare ?
Que certaines caractéristiques de la "rencontre" ne soient pas semblables, j'en suis d'accord, mais pour ma part , je fais l'hypothèse que les frontières , les "coupures" et les "proximités" , tissent un réseau complexe qui ne se superpose pas aussi simplement avec ce qu'on dit en général être "devant" ou "derrière" l'écran, dans du "réel" ou du "virtuel" , dans le "physique" ou le "mental" , etc.

Mais pour le moment , je ne réponds sans doute pas assez directement à votre interpellation et notamment à ce que vous dites dans la question de l' "arrêt" ou de la "coupure" .
Alors , même si nous nous situons ici dans un des espaces de la "cyberculture",
pour cette "réponse" immédiate et provisoire du moins , un certain "arrêt" est de fait posé là , au point qui termine ma phrase .
Commentaire n°2 posté par arachne le 01/07/2005 à 15h27
bien le bonjour arachne,

si je suis intervenue, c’est qu’il y a quelques jours, j’ai commencé à lire un livre sur internet. chaque fois que je voulais avancer, il fallait que je clique sur une flèche qui allait vers la droite. si d’aventure, j’avais voulu revenir en arrière, je pouvais cliquer sur une flèche qui allait vers la gauche. c’est là que je me suis rendu compte que le livre me manquait, que sa « totalité » me manquait - qu’il me manquait le « un » du livre. que j’aurais eu envie de pouvoir lire quelques mots des dernières pages, quelques bribes au milieu, décider de le reprendre depuis le début. m’installer pour ça dans un canapé ou sur mon lit. ma frustration s’est plus moins vaguement formulée en ces termes, internet me force à avancer de proche en proche, dans un processus métonymique. sans que je puisse véritablement savoir quelque chose de la totalité de l’objet que j’investis (délocalisation, etc.), et j’ai arrêté ma lecture. je suis passée à autre chose. donc, effectivement, à ce niveau-là, la « totalisation » manque, fait défaut. « totalisation » qui s’est peut-être vue remplacée par ce qu’on désigne sous le terme de « globalisation ». qui est un terme très flou, qui semble devoir pouvoir « tout » englober. là on retrouve le « tout » et c’est un « tout » illimité. à mon avis le plus totalitaire qui soit. le livre qui me manquait, c’est celui auquel sa chair aurait donné une forme d’indépendance par rapport à ce tout-flou. là où il y a le corps, « y a d’l’un » (comme disait l’autre). et la métaphore, c’est ce dont elle s’occupe. qu’on ne veuille plus de l’identité, c’est une chose, il n’empêche, que « lom », c’est c'est celui « cahun un corps et nan-na Kun ».

donc, voilà, c’est ce que je voulais dénoncer dans ce que j’appelle processus de métonymisation, qui peut lui aussi croire à un « tout » dire possible, un « tout dire » qui se perd dans une infinitisation. infinitisation qui rappelle éventuellement l’espace, que découvre lacan dans encore, de la jouissance féminine - l’espace, infinitésimal, de la tortue, qui n’atteindra jamais la fin de la course. espace de la jouissance féminine qui, lui aussi, se localise ailleurs que dans le corps, se « délocalise ». bon, très bien. sans que je sois sûre que cet rapprochement tienne le coup d’une analyse plus poussée, j’ajoute quand même que cette jouissance peut être ravageante. c’est pour ça que je me suis souvenue de je ne sais plus quel livre de duras où la femme demande à l’homme qui lui dise, crie son nom, « Aurelia Steiner ». est-ce que c’est ça , c’est bien elle, « Aurelia Steiner » ? de nom, aussi, au départ, on n’en n’a qu’un. ce nom, non plus, on ne l’assume plus. et je sui bien placée pour en parler.

par ailleurs, en tout cas, c’est ce qu’on dit : au plus ça va, au plus les gens écrivent, au moins ils lisent. ils s’attachent de plus en plus à leur symptôme, comme à un trésor. ils ont perçu la valeur de vérité de la fiction de leur fantasme et ne veulent plus cesser de le déballer. c’est la faute aux analystes. on leur a dit « causez, causez, dites n’importe quoi, il en sortira toujours quelque chose… » et les voilà pris dans une jouissance dont ils ne peuvent plus sortir, les voilà a-parolés. que ça soit sur les ondes ou derrière un écran. prisonniers d’une vérité qu’ils font sourde reine, qui les dépasse, qu’ils ne sauraient avoir de cesse de ramener à la « normalité ». je dis « ils », je dis « on », je dis « les gens », c’est des trucs à quoi je crois, et dans ce « ils », dans ce « on », dans « ces gens », je m’y inclus.

là, il faudrait que je conclue, que je fasse vite, parce que j’ai déjà été suffisamment longue. je m’étale. je n’ai, pour ma part, sur internet, fait aucune rencontre, si ce n’est celle de l’homme pour qui j’ai quitté mon pays ma ville (relocalisation) et dont je tiens l’enfant qu’il m’a donné sur les genoux au moment où je vous écris.
quant à ces commentaires auxquels nous nous livrons pour le moment, c’est vrai qu’ils me permettent de mettre certaines idées au clair. cela arrive donc quelquefois. je vous remercie pour cela. je n’en suis néanmoins pas coutumière, des commentaires, et pour ce que j’en observe, je constate que souvent, ils servent à mettre des petits mondes d’accord, à constituer de petites communautés, de petites tribus qui vivent entre eux, qui s’entretiennent, cultivent leurs liens, soignent leur audience, surveillent leur audimat, perdent tout sens critique, pensent en terme de hits. qui se rapprochent d’aller vers le tous pareils, le prochain, le même, la norme.
alors que le symptôme, comme l’amour, est hors-la-loi.
si vous m’avez lue jusqu’ici, je vous en remercie. je n’aime pas beaucoup le ton que j’adopte. qui vaut peut-être mieux que de ne rien dire. et dont je ne crois pas qu’il soit le mien. en tout cas, internet permet ça, de sans lancer sans trop réfléchir. moi non plus, je ne crois vous avoir répondu. et je m’en excuse.
Commentaire n°3 posté par veronique m. le 02/07/2005 à 15h28
Quelques reflexions à ajouter à notre conversation :

http://hypermedia.univ-paris8.fr/Jean-Pierre/articles/Tentation.html
Commentaire n°4 posté par arachne le 13/07/2005 à 18h52

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