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A lire , pour introduire aux textes de Pierre Levy sur la cyberculture :
RAPPORT AU CONSEIL DE L'EUROPE, VERSION PROVISOIRE
Par Pierre Lévy Professeur à l'Université Paris-8 St Denis
Extrait :
Pourquoi inventer un " universel sans totalité " quand nous disposons déjà du riche concept de post-modernité? C'est qu'il ne s'agit justement pas de la même chose. La philosophie post-moderne a bien décrit l'éclatement de la totalisation. En trois mots, et pour reprendre l'expression bien venue de Lyotard : la fin des grands récits. La multiplicité et l'enchevêtrement radical des époques, des points de vue et des légitimités, trait distinctif du post-moderne, est d'ailleurs nettement accentuée et encouragée dans le cyberespace. Mais la philosophie post-moderne a confondu l'universel et la totalisation. Son erreur fut de jeter le bébé de l'universel avec l'eau sale de la totalité.
Qu'est-ce que l'universel ? C'est la présence (virtuelle) à soi-même de l'humanité. Quant à la totalité, on peut la définir comme le rassemblement stabilisé du sens d'une pluralité (discours, situation, ensemble d'événements, système, etc.). Cette identité globale peut se boucler à l'horizon d'un processus complexe, résulter du déséquilibre dynamique de la vie, émerger des oscillations et contradictions de la pensée. Mais quelle que soit la complexité de ses modalités, la totalité reste encore sous l'horizon du même.
Or la cyberculture montre précisément qu'il existe une autre manière d'instaurer une présence virtuelle à soi de l'humanité (l'universel) que par une identité du sens (la totalité)."
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Clin d'oeil à l' Univers CEL :
La question de la "maîtresse-totalité" et de la "totalité-maîtresse" à poser sans doute en relation avec ce que dit Pierre Lévy de l' Universel non "totalisable"
"Penser les critères du dehors"
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lidentité ne satteignant plus dans la métaphore (elle qui cependant permet de sortir d'un sens donné et de créer, de mettre au monde un sens nouveau, fût-ce pour un temps donné), on se trouve contraint de tourner éternellement dans un même cercle, duquel on n'arrive pas à sortir.
ce cercle duquel on ne sort pas, cest celui du symptôme. aussi propre à lindividu que peut lêtre son nom. là, se situe de chaque individu la particularité quil ne veut pas entendre. le symptôme cest larrangement que chacun trouve pour supporter le réel, arrangement, invention, qui ne se supporte daucun universel.
la « cyberculture » fonctionne sur un mode pulsionnel, où « ça ne cesse pas de sécrire », à linstar de linconscient qui ne calcule ni ne juge et qui ignore le temps. « ça jouit et ça sait rien », cette démultiplication de sens perdus, qui vont à la dérive, ne saurait recouvrir labsence de sens du sens.
ce qui se trouve nié, dans cette éternisation, cest le réel. la prolifération des écrits sur internet, témoigne de cette volonté de croire que le symbolique recouvrira, à force dapproximations, totalement le réel. alors que de celui du corps, de la mort et du sexe, elle ne veut rien savoir. ce réel-là exige le passage à la limite, exige quun saut par-dessus le vide soit fait. le symptôme ne cesse de refaire ce saut. et sil ne cesse, de parler à lencan, cest quil lui faudrait, pour cesser, que sa cause soit entendue. que vienne à se savoir sa cause, sa raison dêtre. ce à quoi il a affaire. il lui faudrait la présence de lautre (« ce mystère de la présence »). il lui faut la rencontre.
or, si la « cyberculture » croit au copier-coller, à la répétition du même, à linterprétation, elle ne veut pas de la coupure, de larrêt. il faut que ça soit fluide, que les connexions soient permanentes. lamour pourtant, celui quil faut pour que « la jouissance condescende au désir », exige le nom, et même le nom propre. enfin, cest ce quil me semble et ce qui sentend dans les écrits de duras par exemple. le nom, la folie du nom dit, est au plus proche, dans létrangeté, de celle de symptôme.
( remarque : vous pouvez aussi "entendre" dans l'emploi que je fais de "converger" et de "diverger" les éléments symptomatiques qu'il vous plaira ou non d'y relever ;)) .
Je vais donc prendre le temps de la reflexion nécessaire à une reformulation ,pour moi-même, des remarques que vous faites, de façon à mieux pouvoir, de mon côté , préciser où se situeraient nos acords ou nos désaccords par rapport aux enjeux psychologiques de la "cyberculture" .
Mais pourquoi serions nous sûrs que le mot "cyberculture" , qui est certes UN mot ( même s'il est composé ), "recouvre" une seule signification possible ? La multiplicités des interprétations possibles de cette expression peut aussi nous inciter à la prudence : il n'est pas certain qu'elles soient suffisamment cohérentes entre elles pour qu'on puisse facilement dire que "la" cyberculture fonctionne de telle ou telle façon , ou "croit" ou "veut" ceci ou cela . Cette métaphore qui "personnalise" "la" cyberculture , en lui prêtant des pensées , des croyances , est sans doute aussi à interroger .
Pour moi, ce sont des sujets humains individuels , comme vous et moi , qui "veulent" ou "croient" ou "pensent" , même si on peut ensuite, par métaphore , dire d'un inconscient non personnel, ou d'une communauté , ou d'une civilisation , ou d'un "document" ou d'une oeuvre d'art , etc. qu'ils "pensent" , qu'ils "veulent" , comme s'ils étaient des "sujets" comme vous et moi.
"Vous", en posant un certain commentaire dans ce blog, et "moi" en commençant à y répondre , nous "sommes" certes des "dispositifs" parlants, des "inconscients" qui suivent les chaînes de leurs symptomes respectifs , mais nous sommes aussi, vous et moi, capables de nous reconnaître mutuellement comme "sujets" parlants : Ici je vous réponds à vous , "Véronique m" ou à d'autres sujets humains lecteurs de commentaire, je ne réponds pas à "la cyberculture" , ni à telle ou tel aspect de l'inconscient collectif, ni à un robot moteur de recherche qui va éplucher et analyser les mots employés dans ce blog, etc.
Que la séquence des lettres ainsi tracées ( ou des "bits" qui y correspondent ) ait d'autres effets (sur notre inconscient ou celui des autres ou sur la dynamique globale du réseau des blogs, etc. ) que nous ne "maîrisons" pas et dont nous n'avons aucune conscience , sans doute.
Mais pourquoi , cette interaction ici entamée , sous prétexte qu'elle se situe sur la Toile , dans un univers de blogs interconnectés , que je ne vous vois pas en "face" à "face" corporel immédiat , serait-il nécessairement moins une "rencontre" que si je passais à côté de vous "physiquement" , dans un hall de gare ?
Que certaines caractéristiques de la "rencontre" ne soient pas semblables, j'en suis d'accord, mais pour ma part , je fais l'hypothèse que les frontières , les "coupures" et les "proximités" , tissent un réseau complexe qui ne se superpose pas aussi simplement avec ce qu'on dit en général être "devant" ou "derrière" l'écran, dans du "réel" ou du "virtuel" , dans le "physique" ou le "mental" , etc.
Mais pour le moment , je ne réponds sans doute pas assez directement à votre interpellation et notamment à ce que vous dites dans la question de l' "arrêt" ou de la "coupure" .
Alors , même si nous nous situons ici dans un des espaces de la "cyberculture",
pour cette "réponse" immédiate et provisoire du moins , un certain "arrêt" est de fait posé là , au point qui termine ma phrase .
si je suis intervenue, cest quil y a quelques jours, jai commencé à lire un livre sur internet. chaque fois que je voulais avancer, il fallait que je clique sur une flèche qui allait vers la droite. si daventure, javais voulu revenir en arrière, je pouvais cliquer sur une flèche qui allait vers la gauche. cest là que je me suis rendu compte que le livre me manquait, que sa « totalité » me manquait - quil me manquait le « un » du livre. que jaurais eu envie de pouvoir lire quelques mots des dernières pages, quelques bribes au milieu, décider de le reprendre depuis le début. minstaller pour ça dans un canapé ou sur mon lit. ma frustration sest plus moins vaguement formulée en ces termes, internet me force à avancer de proche en proche, dans un processus métonymique. sans que je puisse véritablement savoir quelque chose de la totalité de lobjet que jinvestis (délocalisation, etc.), et jai arrêté ma lecture. je suis passée à autre chose. donc, effectivement, à ce niveau-là, la « totalisation » manque, fait défaut. « totalisation » qui sest peut-être vue remplacée par ce quon désigne sous le terme de « globalisation ». qui est un terme très flou, qui semble devoir pouvoir « tout » englober. là on retrouve le « tout » et cest un « tout » illimité. à mon avis le plus totalitaire qui soit. le livre qui me manquait, cest celui auquel sa chair aurait donné une forme dindépendance par rapport à ce tout-flou. là où il y a le corps, « y a dlun » (comme disait lautre). et la métaphore, cest ce dont elle soccupe. quon ne veuille plus de lidentité, cest une chose, il nempêche, que « lom », cest c'est celui « cahun un corps et nan-na Kun ».
donc, voilà, cest ce que je voulais dénoncer dans ce que jappelle processus de métonymisation, qui peut lui aussi croire à un « tout » dire possible, un « tout dire » qui se perd dans une infinitisation. infinitisation qui rappelle éventuellement lespace, que découvre lacan dans encore, de la jouissance féminine - lespace, infinitésimal, de la tortue, qui natteindra jamais la fin de la course. espace de la jouissance féminine qui, lui aussi, se localise ailleurs que dans le corps, se « délocalise ». bon, très bien. sans que je sois sûre que cet rapprochement tienne le coup dune analyse plus poussée, jajoute quand même que cette jouissance peut être ravageante. cest pour ça que je me suis souvenue de je ne sais plus quel livre de duras où la femme demande à lhomme qui lui dise, crie son nom, « Aurelia Steiner ». est-ce que cest ça , cest bien elle, « Aurelia Steiner » ? de nom, aussi, au départ, on nen na quun. ce nom, non plus, on ne lassume plus. et je sui bien placée pour en parler.
par ailleurs, en tout cas, cest ce quon dit : au plus ça va, au plus les gens écrivent, au moins ils lisent. ils sattachent de plus en plus à leur symptôme, comme à un trésor. ils ont perçu la valeur de vérité de la fiction de leur fantasme et ne veulent plus cesser de le déballer. cest la faute aux analystes. on leur a dit « causez, causez, dites nimporte quoi, il en sortira toujours quelque chose » et les voilà pris dans une jouissance dont ils ne peuvent plus sortir, les voilà a-parolés. que ça soit sur les ondes ou derrière un écran. prisonniers dune vérité quils font sourde reine, qui les dépasse, quils ne sauraient avoir de cesse de ramener à la « normalité ». je dis « ils », je dis « on », je dis « les gens », cest des trucs à quoi je crois, et dans ce « ils », dans ce « on », dans « ces gens », je my inclus.
là, il faudrait que je conclue, que je fasse vite, parce que jai déjà été suffisamment longue. je métale. je nai, pour ma part, sur internet, fait aucune rencontre, si ce nest celle de lhomme pour qui jai quitté mon pays ma ville (relocalisation) et dont je tiens lenfant quil ma donné sur les genoux au moment où je vous écris.
quant à ces commentaires auxquels nous nous livrons pour le moment, cest vrai quils me permettent de mettre certaines idées au clair. cela arrive donc quelquefois. je vous remercie pour cela. je nen suis néanmoins pas coutumière, des commentaires, et pour ce que jen observe, je constate que souvent, ils servent à mettre des petits mondes daccord, à constituer de petites communautés, de petites tribus qui vivent entre eux, qui sentretiennent, cultivent leurs liens, soignent leur audience, surveillent leur audimat, perdent tout sens critique, pensent en terme de hits. qui se rapprochent daller vers le tous pareils, le prochain, le même, la norme.
alors que le symptôme, comme lamour, est hors-la-loi.
si vous mavez lue jusquici, je vous en remercie. je naime pas beaucoup le ton que jadopte. qui vaut peut-être mieux que de ne rien dire. et dont je ne crois pas quil soit le mien. en tout cas, internet permet ça, de sans lancer sans trop réfléchir. moi non plus, je ne crois vous avoir répondu. et je men excuse.
http://hypermedia.univ-paris8.fr/Jean-Pierre/articles/Tentation.html